Lieu du crime : salle polyvalente 19:30

Il y a des exposés ratés. Et puis il y a celui-ci :
Une sorte de catastrophe lente, un effondrement progressif où chaque tentative de démonstration se transforme en preuve supplémentaire que l’univers est indifférent à nos efforts.
Le présentateur arrive avec son ordinateur portable, persuadé que “ça va marcher cette fois”.
On sent déjà la naïveté. Il branche le câble HDMI.
Rien.
Il souffle.
Il rebranche.
Toujours rien.
Il dit “c’est bizarre, ça marchait chez moi”.
La phrase qui annonce toujours la mort cérébrale d’un exposé.
Il finit par lancer son PowerPoint.
La première diapositive apparaît, mais en format 4:3 étiré, comme un vieil épisode de l’inspecteur DERRICK, Il ne comprend pas pourquoi.
Personne ne comprend pourquoi.
On accepte.
Il commence à parler d’intelligence artificielle.
Sa voix tremble comme un modem 56k.
Il explique qu’il a “testé plusieurs outils d’IA”.
On sent déjà que ça s’est mal passé, très mal.
Il raconte qu’il a essayé un générateur d’images.
Il voulait produire un robot futuriste.
Il a obtenu un truc informe, un mélange entre un grille-pain et un homard.
Il montre l’image. La salle retient un rire nerveux.
Il dit : “Bon, ce n’est pas exactement ce que je voulais, mais… voilà.”
On ressent une pitié presque médicale.
Il passe à l’IA conversationnelle.
Il explique qu’il a tenté de lui faire écrire un texte.
Le texte était tellement mauvais qu’il n’a pas osé le lire.
Il dit : “Je pense que j’ai mal formulé la demande.” Non.
Ce n’est pas la demande.
C’est l’univers qui refuse de collaborer.
Il tente une démonstration en direct.
Il tape une question.
Rien ne répond.
Il rafraîchit.
Rien.
Il dit : “Ah, peut-être un problème de connexion.”
La salle sait que ce n’est pas la connexion.
C’est le destin.
Il essaie ensuite de lancer une vidéo explicative.
Elle ne se lance pas.
Il clique.
Elle ne se lance toujours pas.
Il clique encore.
Elle se lance enfin… sans son.
Il dit : “Bon, je vais vous expliquer en même temps.” Il n’explique rien.
Il commente vaguement des images floues.
On dirait un documentaire animalier mal doublé.
Chaque tentative de démonstration est un échec.
Chaque échec est plus humiliant que le précédent.
On assiste à une décomposition pédagogique en temps réel.
Il conclut en disant : “L’intelligence artificielle, c’est très puissant,
mais… voilà… je n’ai pas réussi à tout faire fonctionner.”
Personne ne doute de sa sincérité.
Personne ne doute non plus qu’il aurait dû rester chez lui.
On applaudit comme on applaudit un survivant d’avalanche :
par respect pour la souffrance endurée.

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