Arme de destruction massive de la santé mentale du spectateur
Mesdames, Messieurs, Chers passionnés de pixels, Chers survivants des concours internes de “meilleure photo de coucher de soleil”,
Ce soir, je voudrais aborder un sujet sensible, un sujet qui divise.
Un sujet qui fait trembler les vidéoprojecteurs et transpirer les chaises en plastique :
Le diaporama de vacances réalisé par nos membres les plus… enthousiastes.
Il y a des tortures interdites par les conventions internationales.
Et puis il y a le diaporama de vacances projeté ici, chaque rentrée, par des retraités persuadés d’être des explorateurs,
alors qu’ils n’ont fait que survivre à un camping 2 étoiles avec piscine municipale chlorée et animations karaoké.
Ils ne sentent pas la naphtaline.
Ils sentent l’autosuffisance, cette fragrance subtile du “regardez comme on a bien vécu”, alors que tout,
absolument tout, prouve le contraire.
1. Les photos : l’esthétique du néant
Chaque cliché projeté ici est un attentat contre la rétine collective. On y retrouve, année après année :
- Des couchers de soleil dignes des fonds d’écran Windows 98,
- Des assiettes de melon-jambon photographiées comme des natures mortes tragiques,
- Des parasols, des tongs, des chaises pliantes,
- Et ce fameux plan large sur “le marché du jeudi”, où l’on distingue trois stands, un chien attaché, et l’ennui qui flotte comme la brume.
C’est l’inventaire du rien. Le triomphe du banal.
La célébration du vide, mais projetée en 4K.
2. Les séquences vidéo incrustées : la piscine comme théâtre de l’absurde
Puis viennent les vidéos.
Ah, les vidéos. Toujours filmées depuis le bord de la piscine du camping, avec un zoom numérique qui tremble
comme un chihuahua enrhumé.
On y voit des gens sauter dans l’eau avec la grâce d’une armoire normande qu’on jette du balcon.
Le son ? Un mélange de vent, de cris d’enfants et de “vas-y Marcelin, filme-moi !”.
C’est du cinéma vérité, sans vérité, sans cinéma, et sans aucun intérêt.
Et pourtant, ça dure.
Toujours trop longtemps.
3. La musique : l’hémorragie des tympans
Nos membres ont accès à des milliers de titres dans leur médiathèque.
Des millions. Et ils choisissent systématiquement le pire.
Le morceau le plus inadapté, le plus ringard, le plus incohérent.
En te soutenant que c’est un choix très important, que c’est la colonne vertébrale du diaporama…
Colonne vertébrale dans un corset à l’agonie !
Quelques exemples vécus ici même :
- Une musique celtique sur des photos de camping-car,
- Un slow dégoulinant sur une partie de pétanque,
- Une techno approximative sur une randonnée molle.
On dirait qu’ils ont demandé à un algorithme :
“Donne-moi la musique la plus incompatible avec ce que je montre.”
Et l’algorithme a répondu :
“Tiens, prends ça, c’est immonde.”
4. La projection : le moment où la salle regrette d’être venue
Ils t’installent dans les chaises. Ils éteignent la lumière.
Ils lancent le diaporama avec la solennité d’un prêtre qui ouvre une messe d’adieu.
Et toi, tu subis. Chaque transition est un outrage.
Chaque photo, une punition.
Chaque minute, une année de ta vie qui s’envole.
Pendant ce temps, eux sourient.
Ils contemplent leur œuvre comme si c’était un film d’auteur.
Ils ne sentent pas la naphtaline : ils sentent la certitude d’avoir produit quelque chose d’important,
alors qu’ils ont juste documenté l’ennui.
Pour finir :
Le diaporama de vacances n’est pas un souvenir.
C’est une arme de distraction massive, un rituel d’autosatisfaction, une manière de forcer un public captif à applaudir l’insipide.
Et le pire, c’est qu’ils recommenceront l’année prochaine.
Avec plus de photos.
Plus de vidéos.
Et une musique encore plus atroce.
Et le pire…c’est qu’ils veulent convertir des innocents à leur secte !

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