Anatomie d’une calamité glorifiée

Il y a sur Facebook une étrange économie du regard : plus une photo est ratée, plus elle attire les encouragements.
Comme si l’horizon qui penche méritait une médaille, comme si la surexposition était un acte de bravoure, comme si la composition bâclée devenait soudain un geste artistique dès qu’une tante enthousiaste écrit « Magnifique ! ».

On applaudit tout : le coucher de soleil cramé, le portrait flou d’un enfant qui fuit, la photo de rue réduite au caniche de mamie, le mauvais goût élevé au rang de folklore du mauvais goût.

Ce n’est plus du soutien : c’est une fabrique de médiocrité. Un système d’encouragement automatique où chaque “j’aime” fonctionne comme un opiacé, empêchant toute prise de conscience, toute exigence, toute progression.

Le pire, c’est que ces photos ne demandent rien : elles s’imposent. Elles arrivent comme des injonctions affectives, réclamant validation, réclamant tendresse, réclamant qu’on célèbre ce qui n’a même pas réussi à exister.

Et Facebook, fidèle à lui-même, transforme chaque ratage en petite victoire sociale.
On ne photographie plus : on mendie.

J’y étais… et les likes suivront.

Alors oui, ces “tonnes” de j’aime ne disent rien de la photo. Elles disent seulement :
la médiocrité, quand elle est collective, devient l’habitat naturel du regard.

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