Les photos noir et blanc qui n’ont jamais vu ni le noir ni le blanc

Il faut reconnaître un certain courage à ces photos prétendument « noir et blanc » qui, manifestement, n’ont jamais croisé ni l’un ni l’autre.

Elles arrivent avec l’assurance d’un pedigree prestigieux, puis s’effondrent en une image dont la tonalité générale évoque un mur repeint par un daltonien fatigué ou un ciel qui hésite entre bruine et dépression nerveuse.

On pourrait presque les applaudir pour cette franchise involontaire.

Le photographe, lui, invoque les « nuances ». Le mot passe-partout, le talisman.

Dès qu’une image manque de contraste, il suffit de prononcer « nuances » pour transformer une mollesse en prétendue subtilité.

C’est comme baptiser « minimaliste » un appartement vide parce qu’on n’a pas encore eu le courage d’acheter une chaise.

Et puis il y a cette posture héroïque : « Le noir et blanc, c’est plus exigeant. » Bien sûr.

Surtout quand on esquive soigneusement tout ce qui pourrait ressembler à une décision visuelle, pour se réfugier dans une purée tonale où tout flotte, tout bégaie, tout s’excuse.

Le noir profond ? Trop affirmé.

Le blanc éclatant ? Trop assumé.

Alors on choisit le gris, ce champion olympique de la non‑prise de position.

Le résultat, c’est une image qui ressemble à un souvenir passé au lave‑linge avec une chaussette oubliée.

Une photo qui semble murmurer : « J’aurais pu être dramatique, mais j’ai préféré ne vexer personne. »

Une esthétique de la retenue, oui, mais la retenue bureaucratique, celle des photocopieuses épuisées, pas celle des maîtres du clair‑obscur.

Une réponse à “Les photos noir et blanc qui n’ont jamais vu ni le noir ni le blanc”

  1. Avatar de Dom
    Dom

    Malheureusement tellement vrai…
    Il faudra peut-être évoquer aussi la photo ratée passée en N&B, mais qui restera une photo ratée…. je t’attends sur ce sujet Régis
    😁

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *